Non, la nicotine n’est pas cancérigène

David Hanin reçoit le Dr W. Lowenstein et le Dr P. Presles

Lutter contre des croyances bien ancrées chez les individus n’est pas chose facile.

En parallèle des reportages télévisuels qui ne contredisent que rarement cette croyance, nous avons la chance de trouver la plateforme YouTube, sur laquelle nous pouvons mettre les choses au clair :

La nicotine n’est qu’une dépendance
(comme le chocolat ou le café),
le tabac est une addiction et donc une drogue.

En savoir plus sur la nicotine dans les addictions est important, car n’oublions pas que 90 % des fumeurs ont besoin d’elle pour parvenir à arrêter de fumer.

Pour l’épisode 6 de « La Vape, et vous ? », David Hanin reçoit le Dr William Lowenstein, spécialiste en Médecine interne et addictologue, ainsi que le Dr Philippe Presles, médecin psychothérapeute sur le sujet de la nicotine.

Quel est mon profil de fumeur ?

Ce n’est qu’après plusieurs années de consommation d’une substance dangereuse que l’on se pose en général la question de savoir pourquoi on a commencé, et comment on en est arrivé à continuer d’absorber un produit qui tue, tout en étant conscient du mal qu’il peut nous faire…

Le pire dans tout ça, c’est d’arriver à culpabiliser d’avoir été malade, car oui l’addiction est bien une maladie.

Tout le monde ne devient pas « accro » du jour au lendemain, au premier contact avec une drogue ou avec un comportement : l’addiction est un processus plus ou moins rapide, au cours duquel les individus augmentent progressivement la fréquence et la quantité de leur consommation. 

Le tabac étant une drogue, c’est un engrenage sournois dont le fumeur est victime sans s’en rendre compte…

LA CONSOMMATION DIFFÈRE D’UN FUMEUR À L’AUTRE

Les usages des substances dits récréatifs

Il s’agit des consommations ponctuelles, éventuellement festives et à des doses restreintes : un verre de vin pendant le repas, une cigarette pendant une pause café, un joint occasionnel…

Les usages des substances dits excessifs

Ce sont les consommations fréquentes d’une quantité non négligeable d’alcool ou de drogues (le tabac en fait partie).

Ces usages entraînent des modifications au niveau du système cérébral qui, envahi par ces substances, devra retrouver un équilibre pour fonctionner normalement. Lors de l’arrêt de consommation, une sensation désagréable appelée communément « le manque » se fait alors sentir de façon plus ou moins forte selon la substance ingérée.

Pour retrouver son état normal, l’individu devra renouveler sa consommation. Ces comportements ont une incidence sur la santé physique et mentale de la personne : atteintes au foie, aux poumons, anxiété, dépression, risque suicidaire… 

Les usages pathologiques des substances

Ils se caractérisent quant à eux par l’incapacité de l’individu à résister à son envie de consommation, bien qu’il soit averti des conséquences néfastes qu’elle aura sur lui et son environnement personnel et professionnel.

Les personnes accros sont plus vulnérables aux « messages » de bien-être transmis par la substance à leur cerveau. Ils ne contrôlent plus leur comportement face au produit ou à l’activité à laquelle ils sont accros, la partie de leur cerveau gérant le libre-arbitre étant affectée.

Rôle du cerveau dans l’addiction

Grâce aux progrès des neurosciences, on connaît de mieux en mieux les mécanismes neuro-biologiques de l’addiction.

Ceux-ci sont étroitement liés au « système de récompense » un circuit du cerveau responsable des sensations de plaisir ressenties après certaines actions.

Présent dans le cerveau reptilien de l’homme, comme dans celui de nombreux animaux, c’est grâce à lui que nous répétons volontiers les comportements indispensables à notre survie et à celle de notre espèce : manger, boire, avoir des rapports sexuels, procréer…

Dans les troubles addictifs, ce mécanisme fondamental du vivant est perturbé, tout d’abord par la prise d’une substance (alcool, tabac, substances illicites…) qui démultiplie la sensation de plaisir, ensuite par un dysfonctionnement du cerveau, qui ne régule plus correctement son système de récompense.

Lorsque ces deux dimensions sont réunies, on aboutit à la maladie addictive. 

Comment cela se passe t’il ?

Les substances psycho-actives perturbent la transmission entre les neurones des «informations » responsables de nos perceptions, sensations, émotions, humeurs.

L’information, qui circule entre les neurones par l’intermédiaire des neurotransmetteurs (substances sécrétées par le neurone), est comme brouillée, les perceptions changent, les sensations sont aiguisées ou atténuées.

Les neurotransmetteurs ont un rôle de régulation sur le circuit de l’information entre neurones : certains la stimulent, l’accélèrent, ou l’atténuent ou la freine.

Circuit d’information entre deux neurones

Prenons exemple de la dopamine : le neuromédiateur (ici, la dopamine) secrété par le premier neurone, traverse l’espace de communication situé entre les deux neurones (synapse) et rejoint le deuxième neurone où il se fixe sur des récepteurs.

À chaque neuromédiateur correspond un récepteur spécifique,
capable de le reconnaître et de le réceptionner

Notre cerveau secrète près d’une centaine de neurotransmetteurs tels que la dopamine, la sérotonine, les opioïdes, les cannabinoïdes, l’endorphine, l’acétylcholine

Mais alors comment faut-il faire pour soigner une addiction ?

Cela ne se fait pas en un jour.

Il faut entamer ce que l’on appelle communément un « sevrage » qui va passer par une re-programmation totale du cerveau.

Prendre la « décision d’arrêter de fumer » est différent de prendre la « décision de devenir ex-fumeur ».

La première reste superficielle et temporaire (modification du monde extérieur, de l’environnement, des comportements), alors que la seconde est un changement profond et durable (modification du monde intérieur, des valeurs, de l’identité, des croyances).

Ces 2 niveaux de changement sont en général toujours en conflit et empêche le fumeur d’avancer dans sa démarche d’arrêter.

LA NICOTINE

L’addiction au tabac surgit quand on est dépendant à la nicotine.

Le cerveau a besoin de sa dose de nicotine.
C’est ce que l’on appelle la dépendance physique.

Alors pour soigner cette dépendance physique, il est grandement recommandé :


1/ de prévoir en premier lieu, de consommer des doses importantes de nicotine (correspondant au passé tabagique du fumeur et permettre à son cerveau de s’habituer à recevoir la nicotine de manière différente que par la cigarette). Cette consommation peut se faire soit par des substituts nicotiniques, soit par la cigarette électronique.

2/ de diminuer ensuite petit à petit sa dose de nicotine.

La nicotine doit être votre amie, une alliée de taille dans votre arrêt du tabac.

La nicotine est une plante naturelle, non cancérigène (scientifiquement prouvé). Quand on fume, c’est la combustion qui tue, et qui est responsable des maladies liées au tabac.

Ci-dessous, mon histoire avec la nicotine que je fréquente depuis ma naissance…

L’IMPORTANCE DE L’ENTOURAGE

En plus de cette dépendance physique qu’il faut gérer, il faut également bien savoir s’entourer.

Si le fumeur qui essaie d’arrêter de fumer ne reçoit que des messages de découragement, cela ne peut qu’être voué à l’échec.

GÉRER SES PEURS

Oui le fumeur a peur d’arrêter de fumer, surtout s’il a essayé plusieurs fois sans jamais y parvenir. Cette peur est légitime mais ne doit pas pour autant être un frein à la tentative d’arrêt du tabac.

Jacques Le Houezec vous explique pourquoi ci-dessous :

ANALYSER SON PROFIL DE FUMEUR EN AMONT DE L’ARRÊT

La cigarette « plaisir et détente »

La cigarette Plaisir est une des plus difficile à oublier, c’est celle dont on se souvient avec nostalgie longtemps après avoir arrêté, jusqu’à en rêver la nuit ! C’est la cigarette du petit café, du retour à la maison après une journée de travail, la cigarette-récompense, la cigarette-détente… C’est aussi la cigarette conviviale, celle qui fait du bien lors d’une soirée en amis, avec un apéritif.

Certains fumeurs légers (moins de cinq cigarette par jour) font partie de cette catégorie. Ils peuvent passer plusieurs jours sans fumer et n’y pensent même pas. Ils peuvent fumer beaucoup de cigarettes lors d’une soirée, puis s’en passer pendant plusieurs semaines. Sans doute protégés génétiquement contre l’addiction à la nicotine (5 à 10 % des individus), ces fumeurs Plaisir ont la chance d’en rester là.

Malheureusement quand on commence à fumer, il est impossible de savoir si on fait partie de ces quelques chanceux. Le schéma classique, bien au contraire, c’est l’installation de l’addiction. Les cigarettes Plaisir cèdent la place aux cigarettes Habitude, aux cigarettes Besoin… Tout le paquet finit par y passer et en fin de compte, il ne reste plus que deux ou trois cigarettes par jour qui correspondent à un vrai plaisir, au petit bonheur de fumer.

Conseils pratiques :

La cigarette Plaisir et Détente est à l’origine de la plupart des échecs de sevrage.

On a beau être décidé à arrêter pour se dépolluer de ces dizaines de cigarettes qui intoxiquent et enchaînent, le désir de cette cigarette-là peut balayer toute volonté en un instant.

Pour l’espoir fallacieux de renouer avec cette sensation-là, on en reprend une, à l’occasion d’une soirée, pour accompagner un conjoint fumeur… en se disant que promis-juré, on se limitera à ces deux ou trois cigarettes-là chaque jour, pas plus.

Cela ne marche jamais. Quand on a été fumeur, on le redevient.

Très vite, on repasse à dix, au paquet… et ce ne sont pas des cigarettes Plaisir : l’addiction est revenue.

Ne désespérez pas pourtant, décrypter ce mécanisme, c’est déjà se donner les moyens de le combattre.

En pensant par exemple au plaisir du goût, de l’odorat… et de la bonne mine retrouvés. Il faut aussi être attentif à introduire du plaisir dans votre vie : le sport ou le chant (grâce à votre nouveau souffle), la musique…  ou des plaisirs plus coûteux (voyage, spectacles) enfin accessibles grâce aux économies réalisées sur l’arrêt du tabac.

Enfin, le simple fait de savoir que le souvenir des cigarettes Plaisir menace votre sevrage vous permettra de mobiliser votre volonté sur ces cigarettes à risques.

C’est pour cette raison que les chances de réussite augmentent à chaque tentative de sevrage : instruits par l’expérience, les “ex-futurs-ex“ stoppeurs repèrent mieux ce piège.

La cigarette « besoin »

C’est clairement la cigarette de la dépendance physique à la nicotine.

Celle qui fait ressentir l’état de manque quand elle baisse dans le sang. À ce stade, le fumeur n’arrive pas à s’empêcher de fumer chez ses amis non-fumeurs au risque de se fâcher avec eux, et craque parfois  jusqu’à allumer une cigarette en présence des enfants.

On le retrouve avec sa perfusion, en train de fumer devant l’entrée de l’hôpital…
C’est le type de fumeur qui est le plus proche du profil classique de drogué.

Conseils pratiques :

Patch, gomme, votre médecin vous guidera, mais le substitut nicotinique st indispensable.

Comme l’héroïnomane, le fumeur Besoin a… besoin d’un produit de substitution. La détermination des doses et des moments où elles doivent être délivrées à l’organisme relève de la tabacologie.

A noter, chez ces gros fumeurs, comme ceux de la catégorie Cigarette Habitude (ci-dessous), les sevrages ratés sont souvent dus à une prescription insuffisante de nicotine de substitution.

La cigarette « habitude »

La cigarette Habitude est un cran au-dessus de la cigarette Besoin qu’elle accompagne immanquablement. 

Le fumeur est devenu à peine conscient de son geste. Il est du genre à allumer sa nouvelle cigarette avec le mégot de la précédente.

Sa cigarette est devenue une prolongation du bras, de la bouche du fumeur. Une part entière de son identité. C’est le mégot de Lucky Luke, sur le bord des lèvres.

A noter, tous les fumeurs, quel que soit leur profil, égrènent quelques cigarettes Habitude dans leur journée : celle que l’on allume machinalement en attrapant le téléphone.

Conseils pratiques :

Chacun a intérêt à repérer ces cigarettes Habitude dans son quotidien.

Le simple fait d’en prendre conscience et de s’apercevoir qu’elles relèvent du geste mécanique, les rend moins indispensables, plus faciles à éviter.

Pour les gros fumeurs le substitut nicotinique est indispensable. La détermination des doses et des moments où elles doivent être délivrées à l’organisme doit se faire par un tabacologue.

A noter, chez ces gros fumeurs, comme ceux de la catégorie Cigarette Habitude, les sevrages ratés sont souvent dus à une prescription insuffisante de nicotine de substitution.

Un patch de 21 grammes ne comble pas le manque de quelqu’un qui fume trente ou quarante cigarettes par jour et absorbe ainsi 80 mg de nicotine. La sensation de manque sera là, intense. Ces gros fumeurs ont besoin d’appliquer plusieurs patchs, sous contrôle médical ou d’associer plusieurs substituts, voire même d’utiliser une cigarette électronique.

Il serait judicieux également d’ajouter aux substituts une thérapie cognitive et comportementale pour reconstruire une image de soi qui n’intègre plus la cigarette et casser les réflexes conditionnés.

La cigarette « stimulation »

La cigarette Stimulation, c’est celle que vous allumez au moment de plonger dans le travail, quand il faut lutter contre le vertige de la “page blanche“, rédiger un rapport, trouver une solution à un problème…

C’est aussi la cigarette “anti-fatigue“, celle dont vous appréciez l’effet excitant le matin au réveil ou à l’heure du coup de barre en début d’après-midi.

Vous recherchez le côté dopant de la nicotine dont les propriétés psycho-stimulantes sont parfaitement démontrées.

Elle attise la mémoire à court terme ; elle stimule l’attention et la vigilance. Au niveau physique, elle améliore les capacités sensorielles (vision et audition) et motrices (réflexes, habileté psychomotrice..).

Vous êtes de ces fumeurs qui utilisent la cigarette pour se sentir au mieux de leurs capacités, dans la plénitude de leurs moyens.

Conseils pratiques :

En début de sevrage, vous risquez de vous sentir moins performant au travail et de peiner à fournir les mêmes efforts intellectuels que d’habitude. Ce phénomène est directement lié à la baisse du taux de nicotine dans le sang. Il est très vif les premiers jours, mais il finit par devenir ponctuel jusqu’à disparaître complètement.

Première remarque, pour ceux qui carburent à la stimulation par la nicotine, mieux vaut ne pas s’arrêter juste avant des examens ou en pleine “charrette“ au travail.

Autant reporter votre projet d’une semaine au deux pour vous donner de vraies chances. Et pourquoi ne pas profiter par exemple du mois sans tabac ?

Parallèlement, menez une vie très saine (sommeil, alimentation) qui vous donnera du tonus et de l’énergie.

Vous atténuerez ainsi l’impression de méforme que provoque la suppression de la cigarette chez vous. C’est le moment ou jamais, pour ceux qui en ont envie, de se mettre au sport et de s’offrir des shoots naturels d’endorphines.

CONCLUSION

Quelque soit votre profil, le fait de prendre la décision d’arrêter est déjà un grand pas.

Ne restez pas seul, pensez à prendre conseil auprès de fumeurs qui ont déjà réussi à arrêter et qui pourront être les meilleurs conseillers, en plus de votre médecin ou tabacologue, puisqu’ils auront vécu les mêmes difficultés que vous.

Pour cela internet est votre allié.

Inscrivez-vous sur les fora, sur les groupes de soutien, parlez-en autour de vous à des personnes bien intentionnés à votre égard.

Témoignage de Jacques Le Houezec

J’ai arrêté de fumer il y a 37 ans aujourd’hui.

Autant vous dire que contrairement à ce que je recommande maintenant, j’ai arrêté sans aide (hormis des cachous 😜), puisqu’il n’en existait pas à l’époque.
Cela m’a tout de même pris 5 essais avant d’y arriver.

Cette même année j’ai commencé ma thèse de sciences sur la nicotine, et 4 ans plus tard j’étais tabacologue (enseignant la pharmacologie de la nicotine aux futurs tabacologues, ce que j’ai fait pendant plus de 30 ans).

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Interventions et débats en français (Sommet de la vape 2019)

Les vidéos des interventions et débats du Sommet de la vape 2019 en français (original ou doublé selon les intervenants). La 3ème édition du Sommet de la vape s’est tenue le 14 octobre 2019 à Paris, organisée par l’association Sovape.

Près d’une vingtaine d’experts – scientifiques, chercheurs en santé publique, professionnels de santé, professionnels du secteur du vapotage, et usagers -, sont intervenus sur les enjeux du vapotage pour favoriser la réduction des risques face au tabagisme.

Comment faire si j’ai eu une mauvaise 1ère impression avec la vape ?

Lorsqu’un fumeur souhaite passer à la cigarette électronique, c’est dans 99% des cas, parce qu’il veut se sevrer du tabac.

Seulement voilà, toutes les boutiques ne sont pas de bon conseil, et il n’est pas rare de constater que certains fumeurs sont déçus de la vape.

J’aurais qu’un seul conseil à donner : refaire une tentative 🙂  en demandant conseil autour de vous ou sur les réseaux sociaux, pour savoir quelle est le meilleur revendeur proche de chez vous.

Le groupe facebook de Ludivape est là pour vous aider et vous renseigner, mais aussi les groupes facebook Je Ne Fume Plus et Vape Info Service.

La vape fonctionne et elle est considérée actuellement comme le dispositif le plus efficace en matière de sevrage tabagique.

Il n’y a aucune raison pour que cela ne marche pas sur vous.

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Les effets positifs de la nicotine

Article de Jacques Le Houezec (2014)

 

La nicotine est le principal alcaloïde que l’on trouve dans le tabac, mais on peut la trouver à des concentrations plus faibles dans les plantes de la même famille, les pommes de terre, les tomates ou les aubergines.

Les humains ont toujours été curieux de trouver des plantes pouvant avoir des effets agréables ou médicinaux. Le tabac a été utilisé en Amérique du Sud depuis l’époque précolombienne jusqu’à nos jours à des fins magico-religieuses, médicinales et récréatives.

Le tabagisme rituel dans le chamanisme est probablement aussi vieux que le début de l’horticulture, il y a environ 8 000 ans. Les Indiens d’Amérique ont reconnu le tabac (nicotine) en tant qu’insecticide puissant pour la protection des semences et en tant que vermifuge humain.

 

Les chamans utilisaient de grandes quantités de nicotine pour provoquer une intoxication aiguë à la nicotine, ce qui entraînait des états catatoniques représentant la mort symbolique. Comme les chamanes ont développé une tolérance élevée aux effets de la nicotine et que la nicotine est rapidement éliminée du corps (avec une demi-vie de deux heures), ils sont revenus «miraculeusement» à la vie après quelques heures (1).

Il semble que les chamans aient exploité le fait que de fortes doses de nicotine peuvent être ingérées sans entraîner de décès (jusqu’à 1500 mg dans un récent rapport de cas de suicide), contrairement aux hypothèses souvent rapportées dans de nombreuses publications, selon lesquelles 30 à 60 mg de nicotine sont dose létale chez l’adulte (2).

Au fil des siècles, l’usage du tabac est devenu courant dans la plupart des régions du monde. La capacité de la nicotine à réguler l’humeur et à améliorer le fonctionnement cognitif, et à renforcer fortement la dépendance au tabac, est probablement la motivation pour son utilisation généralisée.

Le tabagisme est le moyen le plus efficace d’administrer de la nicotine au cerveau (où la plupart des effets se produisent), en particulier parce que les fumeurs peuvent modifier leur consommation de nicotine bouffée par bouffée (appelée titration automatique de la nicotine). Les fumeurs peuvent contrôler leur consommation de nicotine pour obtenir un effet souhaité, tel qu’une stimulation (à faible dose) ou une sédation (à plus forte dose).

La nicotine est alors un médicament très approprié par lequel vous pouvez obtenir l’effet dont vous avez besoin au moment où vous en avez besoin,

Les récepteurs nicotiniques qui se lient à la nicotine et produisent ses effets sont omniprésents (ils sont présents dans presque toutes les parties du corps) et il existe plusieurs formes de récepteurs nicotiniques, chacun ayant une localisation et une fonction spécifiques. Les recherches sur la diversité des récepteurs cholinergiques centraux nicotiniques illustrent la complexité des effets de la nicotine sur différents neurotransmetteurs du cerveau (3).

En conséquence, il a été démontré que la nicotine avait des effets positifs sur certaines conditions médicales.

Les effets de la nicotine sur la maladie d’Alzheimer sont controversés, mais il a été démontré que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer présentaient une réduction importante des récepteurs nicotiniques dans le néocortex et l’hippocampe par rapport aux personnes en bonne santé.

Les effets positifs de la nicotine sur la fonction cognitive suggèrent que les récepteurs nicotiniques pourraient contribuer au fonctionnement cognitif normal et que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer pourraient bénéficier d’un traitement à la nicotine.

De même, des études épidémiologiques ont clairement démontré que le tabagisme protège de la maladie de Parkinson, avec un rapport de cotes d’environ 0,5 pour les fumeurs par rapport aux non-fumeurs. Cela est dû aux effets de la nicotine sur les neurones dopaminergiques (la maladie de Parkinson est causée par la perte croissante de ces neurones), à la fois en stimulant la fonction motrice et en protégeant les neurones de la mort.

Plusieurs études n’ont pas montré d’effet thérapeutique de la nicotine sur la maladie de Parkinson, mais ces études ont utilisé de faibles doses de nicotine, en particulier parce que les patients atteints de la maladie de Parkinson sont souvent des non-fumeurs.

Cependant, dans une étude pilote portant sur 6 patients (tous les non-fumeurs), de fortes doses de nicotine délivrées par patchs (jusqu’à 105 mg / jour) sur une période de 17 semaines ont montré une nette amélioration de leur fonction motrice tandis que leur traitement dopaminergique (L-Dopa) A été réduit.

Les effets indésirables les plus fréquents étaient les nausées et les vomissements (chez 4 patients sur 6), mais ils étaient bien contrôlés avec des médicaments antiémétiques. Malheureusement, aucune société pharmaceutique n’a été intéressée par le financement d’un essai contrôlé par placebo pour confirmer cet effet positif (4).

Le syndrome de Gilles de la Tourette est une maladie génétique résultant d’une anomalie des ganglions de la base, typiquement traitée avec des antagonistes dopaminergiques, tels que le médicament antipsychotique halopéridol. Des études chez l’animal ont suggéré que l’utilisation de nicotine pourrait avoir des effets bénéfiques chez les patients atteints de Tourette.

Encore une fois, quelques petites études non contrôlées ont montré qu’un court traitement à la nicotine améliorait les signes cliniques des patients de Tourette, mais aucun intérêt de l’industrie pharmaceutique à explorer cet effet positif de la nicotine n’a été observé (5).

Chez les patients psychiatriques, la consommation de nicotine peut être considérée comme une auto-médication. C’est le cas dans la dépression et la schizophrénie. Il existe de nombreuses preuves que tabagisme et dépression sont liés. Comme dans toutes les affections psychiatriques, la prévalence du tabagisme est plus élevée chez les patients déprimés que dans la population générale.

Dans la dépression, cela n’est peut-être pas uniquement dû aux effets de la nicotine, car il a été démontré que la fumée du tabac contient des substances ayant des effets antidépresseurs (monoamine oxydases ou MAO), mais là aussi de petites études ont indiqué un effet positif possible du traitement à la nicotine ( 6) La schizophrénie est également une maladie où la prévalence du tabagisme est très élevée (> 80%).

Les effets psychostimulants de la nicotine pourraient aider les patients atteints de schizophrénie à compenser leurs déficits cognitifs, en particulier les processus attentionnels, qui se sont avérés normalisés lorsque les patients schizophrènes fument (7). Les patients atteints de schizophrénie peuvent également utiliser la nicotine pour faire face à leurs troubles de l’humeur, comme l’anhédonie, ou plus généralement pour améliorer leurs symptômes négatifs (apathie, manque de motivation), ou pour atténuer les effets secondaires de neuroleptiques (effets antiparkinsoniens) connus pour induire des symptômes extrapyramidaux (agitation ou acathisie).

Un effet positif des timbres de nicotine sur ces symptômes a été démontré chez des non-fumeurs traités avec des neuroleptiques pour des troubles psychotiques (8). ou d’atténuer les effets secondaires des neuroleptiques (effets anti-parkinsoniens) connus pour induire des symptômes extrapyramidaux (agitation ou acathisie).

Un effet positif des timbres de nicotine sur ces symptômes a été démontré chez des non-fumeurs traités avec des neuroleptiques pour des troubles psychotiques (8). ou d’atténuer les effets secondaires des neuroleptiques (effets anti-parkinsoniens) connus pour induire des symptômes extrapyramidaux (agitation ou acathisie). Un effet positif des timbres de nicotine sur ces symptômes a été démontré chez des non-fumeurs traités avec des neuroleptiques pour des troubles psychotiques (8).

Tous ces aspects positifs de la consommation de nicotine ont été examinés il y a 15 ans (9), mais peu de progrès ont été réalisés pour explorer plus avant ces effets bénéfiques potentiels de la nicotine.

Le regain d’intérêt pour la science de la nicotine, lié au développement récent des cigarettes électroniques, pourrait inspirer de nouvelles études sur les effets positifs de la nicotine, notamment son rôle potentiel dans la prévention et le traitement des maladies.

 

Références:

  1. Le Houezec J, Benowitz NL. Psychopharmacologie fondamentale et clinique de la nicotine. Clin Chest Med. 1991; 12: 681-699.
  2. Mayer B. Combien de nicotine tue un humain? Retracer la dose létale généralement acceptée à des expériences personnelles douteuses au XIXe siècle. Arch Toxicol. 2014 janvier; 88 (1): 5-7.
  3. Deneris ES, Connolly J, Rogers SW, Duvoisin R. Diversité pharmacologique et fonctionnelle des récepteurs neuronaux de l’acétylcholine nicotinique. Trends Pharmacol Sci. 1991; 12: 34-40.
  4. Villafane G, Cesaro P, A Rialland, S Baloul, S Azimi, C Bourdet, J Le Houezec, Macquin-Mavier I, Maison P. Chronique nicotine transdermique à haute dose dans la maladie de Parkinson: un essai ouvert. Eur J Neurol. 2007; 14: 1313-1316.
  5. Sanberg PR, Silver AA, Shytle RD, Philipp MK, Cahill DW, Fogelson HM, et al. Nicotine pour le traitement du syndrome de Tourette. Pharmacol Ther 1997; 74: 21-5.
  6. McClernon FJ, Hiott FB, Westman EC, Rose JE, Levin ED. La nicotine transdermique atténue les symptômes de la dépression chez les non-fumeurs: essai à double insu contrôlé par placebo. Psychopharmacologie (Berl). 2006 novembre; 189 (1): 125-33.
  7. Ward PB, LD Hoffer, Liebert BJ, SV Catts, O’Donnell M, Adler LE. Réplication d’un déficit auditif de synchronisation auditive P50 chez des patients australiens atteints de schizophrénie. Psychiatry Res. 1996; 64: 121-35.
  8. Koshe Anfang M, Pape HG Jr. Traitement de l’acathisie induite par les neuroleptiques avec des patchs à la nicotine. Psychopharmacologie. 1997; 134: 153-6.
  9. Le Houezec J. Nicotine: substance maltraitée et agent thérapeutique. J Psychiatry Neurosci. 1998; 23: 95-108.

 

Et ICI l’article d’il y a 20 ans en anglais !

 

Réflexions & usages des sels de nicotine (par Mickaël Hammoudi)

Dossier 2

Cet article n’est pas de moi.
Il a été écrit le 22 juin 2018 par Mickaël Hammoudi (Alias Mcortex).
Je ne fais que le retranscrire ici en intégralité, pour être en mesure de faire profiter les vapoteurs n’étant pas fans des réseaux sociaux.
Ce dossier effectué six mois après le premier, traite de mes retours d’expériences et connaissances sur le sujet hautement vaste que sont les sels de nicotine. Nous manquons encore en France cruellement de donnée sur ses manières de fonctionner ou d’études sur les décompositions, aussi voyez ce dossier comme un retour d’utilisateur passionné par le sujet et surtout l’arrêt de la cigarette avec la vape. Je ne suis pas scientifique, je ne suis pas médecin, je suis un autodidacte curieux. Mes constatations ne peuvent être considérées comme acquises.

Continuer la lecture de Réflexions & usages des sels de nicotine (par Mickaël Hammoudi)

Les sels de nicotine, c’est quoi ? (explications de Mickaël Hammoudi)

Dossier 1

Cet article n’est pas de moi.
Il a été écrit le 3 décembre 2017 par Mickaël Hammoudi (Mcortex).
Je ne fais que le retranscrire ici en intégralité, pour être en mesure de faire profiter les vapoteurs n’étant pas fans des réseaux sociaux.
Voilà plusieurs mois que je travaille sur le sujet et il est temps de passer à table afin d’éclaircir des points d’ombre pour bien des consommateurs et des professionnels, on ne peut en effet passer à côté de cette opportunité pour les fumeurs.
C’est du Sel ?  Eh bien, oui … et non.

Continuer la lecture de Les sels de nicotine, c’est quoi ? (explications de Mickaël Hammoudi)

Je « fricote » avec ma vapote… mais je » nicote » avec jugeote…

Ah la NICOTINE !

Tout le monde en a peur… et pourtant elle a des atouts non négligeables…

Certaines personnes n’ont toujours pas compris, que son implication dans la dépendance tabagique ne lui confère pas pour autant un dangerosité particulière.

Petit rappel….

Quels sont les facteurs de la dépendance tabagique ?

La dépendance au niveau du comportement.

Continuer la lecture de Je « fricote » avec ma vapote… mais je » nicote » avec jugeote…

La nicotine sera toujours mon amie

Ne pas en avoir peur !

On entend tout et son contraire, quand on parle de nicotine.

Ayant de tout temps été victime de sa mauvaise réputation, je pense qu’il est grand temps (et d’autres bien sûr l’ont fait avant moi) de dédramatiser et de désamorcer les craintes vis-à-vis de la nicotine.

Le fin de cet article est autobiographique et vous démontrera que vous prenez un gros risque à trop baisser le taux qui vous correspond le mieux. Continuer la lecture de La nicotine sera toujours mon amie

Nicotine et nicotinémie

25 nov. 2015 – La Chaine de la Vape

Journée européenne de la cigarette électronique : Jacques Le Houezec, tout sur la nicotine !

La nicotine n’est pas le problème, mais la solution à l’arrêt du tabac.

Quand on débute la vape, on se pose beaucoup de questions à son sujet, et cette vidéo qui a plus de 2 ans vous donnera toutes les réponses à vos inquiétudes.

C’est quoi les sels de nicotine ?

Des e-liquides contenant une nouvelle forme de nicotine sont en vente.

En quoi ces sels de nicotine changent-ils le vapotage?
Peuvent-ils présenter des risques?
Que peuvent-ils apporter aux produits du tabac chauffé contenant de la nicotine?

Etat des lieux des connaissances actuelles sur les sels de nicotine.

(Source « Stop-Tabac.ch » article de Anne-Sophie Glover-Bondeau | Décembre 2017)

S&paration 1

Sels de nicotine : qu’est-ce que c’est ?

La nicotine utilisée dans les e-liquides est une forme de nicotine purifiée. Elle est aussi appelée nicotine-base. Cette nicotine a subi plusieurs traitements : traitement chimique pour être extraite des plants de tabac puis épuration. «On laisse agir de la soude (un acide) sur les feuilles de nicotine pour obtenir de la nicotine-base» explique Jacques le Houezec, scientifique et tabacologue spécialiste de la nicotine. «Cette nicotine qui est utilisée pour les-e-liquides et les substituts nicotiniques a un PH autour de 8» précise-t-il.

Les sels de nicotine, eux, sont la forme de nicotine la plus proche de la nicotine naturelle. «On utilise une base, la nicotine-base (celle décrite ci-dessus) à laquelle on ajoute un acide, pour sortir les sels de nicotine » informe Jacques Le Houezec. Cela retransforme la base en une solution plus acide. Les sels de nicotine ont un PH de 5-6, comparable à celui de la nicotine que l’on trouve dans les cigarettes blondes. Divers acides sont utilisés pour créer une réaction chimique avec la nicotine-base dont l’acide benzoïque. «Les e-liquides aux sels de nicotine sont un courant initié par l’entreprise Pax Labs, fabricants de la cigarette électronique JUUL ; leur formulation associe de la nicotine à de l’acide benzoïque » informe Ghyslain Armand, du magazine en ligne Vaping Post. A l’heure actuelle, certains fabricants commencent à produire des e-liquides aux sels de nicotine aux Etats-Unis, alors qu’ils ne sont encore que deux ou trois à le faire en France.

Sels de nicotine versus nicotine : ce qui change pour les vapoteurs

Que ce soit pour les cigarettes électroniques ou les produits du tabac chauffé, les fabricants cherchent à atteindre le niveau de nicotine fourni par les cigarettes combustibles, qui restent le dispositif délivrant le mieux la nicotine. Une étude a montré que le produit du tabac chauffé IQOS délivrerait 30% de nicotine en moins qu’une cigarette Marlboro(1). Les cigarettes électroniques de 2ème et 3ème génération délivrent plus de nicotine que celles de 1ère génération mais elle n’est cependant pas délivrée aussi vite qu’avec une cigarette traditionnelle. En outre, il faut beaucoup plus de bouffées en vapotant qu’en fumant pour obtenir le même taux de nicotine dans le sang.

Le problème avec les e-liquides contenant de la nicotine purifiée ou nicotine-base est qu’il faut beaucoup de vapeur et des concentrations élevées de nicotine dans les e-liquides pour obtenir le taux de nicotine dans le sang dont certains fumeurs ont besoin pour se passer de cigarette traditionnelle. Le hit trop puissant est alors désagréable. Une arrivée de vapeur trop forte dans l’arrière-gorge irrite la gorge et fait tousser. Cela peut constituer un élément bloquant pour les primo-vapoteurs (ceux qui commencent à vaper) notamment. Lorsqu’ils fument des cigarettes traditionnelles, ils ne sentent pas le hit car elles contiennent du menthol ou d’autres additifs qui atténuent le goût âcre de la fumée et facilitent l’inhalation.

Brochure: les addifs du tabac | L’ingénierie de la cigarette et la dépendance à la nicotine

Les vapoteurs débutants peuvent donc être tentés de diminuer la concentration de nicotine dans les e-liquides pour avoir la gorge moins irritée mais ils n’ont alors pas la dose de nicotine qu’il leur faudrait dans le sang.

Les sels de nicotine permettent d’améliorer la délivrance de nicotine avec des e-liquides fortement dosés en nicotine (20mg/maximum en Europe, environ 50mg/ml aux Etats-Unis) en supprimant le hit. Une nicotine avec un PH plus bas (plus acide) est en effet moins irritante et facilite donc l’inhalation.

Des études réalisées par Pax Labs ont indiqué que les e-liquides aux sels de nicotine permettaient en outre une assimilation plus rapide de la nicotine (2). Mais aucune courbe de cinétique n’indique que l’absorption de nicotine est meilleure. Jacques le Houezec attend donc des données indépendantes de pharmacocinétique pour se prononcer sur ce fait. Pour lui, «ces sels de nicotine n’entraînent pas une absorption plus rapide de la nicotine – quelle que soit l’acidité avec laquelle la nicotine atteint les poumons, il y a une substance tampon sur les poumons qui fait que la nicotine va être mise à un PH physiologique – mais permettent une inhalation plus facile avec des liquides plus fortement dosés en nicotine». «C’est un accélérateur pour avoir plus rapidement la dose voulue de nicotine » estime Sébastien Béziau, créateur du blog et du magazine VAPYOU et vapoteur qui teste les sels de nicotine.

Sels de nicotine : des avantages pour les fumeurs de cigarettes électronique (et de produits du tabac chauffé ?)

« Les sels de nicotine permettent d’avoir des e-liquides contenant le plus fort taux possible de nicotine (46-56 mg de nicotine par millilitre aux Etats-Unis ou maximum 20mg de nicotine autorisés en Europe) mais sans avoir de hit » explique Ghyslain Armand. «Il y a un réel avantage pour les vapoteurs qui ont un fort besoin de nicotine pour pouvoir se passer des cigarettes». «En outre, cela a un impact sur l’aspect comportemental : les vapoteurs peuvent vapoter comme ils fumaient et ne pas avoir une cigarette électronique toujours en bouche» indique-t-il. Un atout confirmé par Sébastien Béziau: «En 2 ou 3 bouffées, on peut avoir le même plaisir qu’avec une cigarette» Et de préciser son expérience : «Pour avoir ma dose de nicotine je vapais toute la journée. J’utilisais entre 8 et 10 mL par jour de e-liquide en 6 mg/mL. Je suis passé à 2mL par jour en 20mg/mL. J’ai toujours la même dose de nicotine en valeur absolue mais je n’ai plus tout le temps ma vapoteuse dans les mains. Je produis beaucoup moins de vapeur et c’est bien moins « visible » pour ceux que cela pourrait déranger.» Celui-ci souligne un autre avantage des e-liquides aux sels de nicotine: «cela permet d’avoir un matériel plus petit, avec moins de puissance, qui a moins besoin d’être rechargé, plus simple». Pour lui, il y aura d’ailleurs bientôt du matériel plus adapté, plus léger pour ces e-liquides aux sels de nicotine.

Les sels de nicotine intéressent aussi les fabricants de tabac. Ainsi, le produit STEEM du groupe Philip Morris (rachat d’un brevet en 2011 par le groupe) est basé sur les sels de nicotine. Ce produit génère une vapeur contenant de la nicotine sous forme de sels de nicotine. C’est une réaction chimique entre la nicotine et un acide organique (acide pyruvique) qui crée une vapeur contenant du sel de nicotine (puryvate de nicotine). Les particules fines très solubles dans l’eau seraient inhalées facilement. Les études menées par Jed Rose (inventeur du produit) et son équipe ont conclu que le puryvate de nicotine serait plus efficace au niveau pulmonaire que la nicotine pure. Comparativement au placebo, l’inhalation de pyruvate de nicotine produit une forte augmentation des taux de nicotine dans le plasma et satisfait les fumeurs (3).

E-liquides aux sels de nicotine : pour qui ?

Les e-liquides aux sels de nicotine sont tout d’abord intéressants pour le profil des primo-vapoteurs. Jacques le Houezec voit les sels de nicotine comme un produit de transition pour certains fumeurs qui passent à la vape et qui n’arrivent pas à obtenir suffisamment de nicotine car ils ont du mal avec des bouffées plus importantes (nécessaires lorsque l’on vape pour ne pas avaler d’air avec la vapeur) qui irritent la gorge. C’est le cas de ceux ayant une broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), un emphysème, ou de très gros fumeurs avec une arrière-gorge très abîmée. «Les sels de nicotine leur permettent de vapoter quelque chose d’efficace sans avoir d’irritation» explique le Pr le Houezec. « Ensuite, ils peuvent repasser à de la vape traditionnelle. Cela les aide à passer le cap de l’arrêt de la cigarette ».

Les sels de nicotine sont également intéressants pour ceux qui vapotent beaucoup car ils ont un fort besoin de nicotine. «Ceux qui consomment par exemple 30mL par jour peuvent avoir un petit système de e-cigarette produisant un aérosol moins « aérien » qui leur délivre des doses de nicotine plus importantes. Cela va leur permettre de diminuer la quantité de vapeur inhalée chaque jour» informe J. le Houezec.

Sels de nicotine : risques éventuels et précautions d’usage

Pour Jacques Le Houezec, spécialiste de la nicotine, les sels de nicotine ne présentent pas de danger sanitaire car c’est une des formes de la nicotine. Des scientifiques s’inquiètent de la présence de benzène du fait de l’association nicotine/acide benzoïque dans la JUUL. Le Dr Konstantinos Farsalinos a souligné le potentiel dangereux de certains acides qui pourraient être utilisés pour extraire les sels de nicotine. Aujourd’hui par exemple, les effets à long terme du benzène inhalé ne sont pas connus. Le groupe PMI, lui, a mené des recherches sur des animaux sur l’inhalation d’acide pyruvique : seuls des effets biologiques mineurs ont été observés.(4)

«Comme ces e-liquides sont très fortement dosés en nicotine, il ne faut pas les utiliser sur des appareils à grosse puissance mais sur des résistances à faible puissance pour éviter des shoots de nicotine ultra-violents» prévient Ghyslain Armand. Le risque de ces très fortes doses de nicotine reste cependant modéré, cela entraîne au pire des vomissements. «Utiliser un petit matériel pour vapoter des sels de nicotine est une recommandation en l’absence de données et aussi parce que cela ne présente pas trop d’intérêt d’utiliser des matériels plus puissants» estime le Pr le Houezec» «Il va y avoir des tests avec des mesures d’émission qui nous permettront de faire de nouvelles recommandations».

«Le hit étant absent, on peut inhaler des bouffées à répétition sans sentir le hit et cela monte vite à la tête» estime Ghyslain Armand. «Ce qu’on peut craindre, c’est leur potentiel addictif beaucoup plus fort, mais généralement le vapoteur maîtrise très bien sa dose de nicotine» souligne Ghyslain Armand du Vaping Post. Pour ce qui est d’une dépendance potentiellement plus importante chez les non-fumeurs, le pharmacologue Jacques Le Houezec trouve cela improbable. «Pourquoi un jeune qui trouve du plaisir en vapant des sels de nicotine se tournerait-il vers les cigarettes ?» Pour lui, ce n’est pas plus un risque que la fameuse crainte de passerelle entre vapotage et tabagisme.

Les sels de nicotine vont continuer à faire parler d’eux.

Beaucoup de données manquent encore pour donner toute l’information aux consommateurs.

Le Pr le Houezec va lancer une étude pour savoir si les sels de nicotine pourraient permettre à certains profils de fumeurs de s’arrêter plus facilement de fumer qu’avec la vape traditionnelle. Un des principaux avantages est qu’on inhale moins d’aérosol, et donc qu’on s’expose moins aux substances contenues dans l’aérosol

(Source « Stop-Tabac.ch » article de Anne-Sophie Glover-Bondeau | Décembre 2017)

REFERENCES

(1) Konstantinos E. Farsalinos, MD Nikoletta Yannovits, PhD Theoni Sarri, PhD Vassilis Voudris, PhD Konstantinos Poulas, PhD, Nicotine Delivery to the Aerosol of a Heat-Not-Burn Tobacco Product: Comparison With a Tobacco Cigarette and E-CigarettesNicotine & Tobacco Research, 16 juin 2017, https://doi.org/10.1093/ntr/ntx138

(2) Nicotine salt formulations for aerosol devices and methods thereof Oct 10, 2014 – PAX Labs, Inc.
https://patents.justia.com/patent/9215895

(3) Rose et al. Pulmonary delivery of nicotine pyruvate: sensory and pharmacokinetic characteristics. Exp Clin Psychopharmacology. 2010;18:385-394, Erratum in: Exp Clin Psychopharmacol. 2011 Feb;19(1):iii.

(4) M Esposito, B Phillips, P Vanscheeuwijck, A Buettner, J Hoeng, WK Schlage, J Verbeeck, MC Peitsch , Toxicity Of Inhaled Nicotine And Pyruvic Acid Aerosols (Separately And Combined) In Sprague-Dawley Rats In A 28-Day OECD TG412 Inhalation Study February 2015 | Presented at SRNT 2015 21st Annual Meeting Cite this (.RIS)
https://www.pmiscience.com/library/toxicity-inhaled-nicotine-and-pyruvic-acid-aerosols-separately-and-combined-sprague-dawley
SOURCES

Article du blog VapingPost

Tout savoir sur les sels de nicotine

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C’est quoi la nicotine ?

La nicotine, sous forme liquide et pure, est obtenue par extraction des feuilles de tabac.

C’est un alcaloïde qui, à faible dose, a un effet stimulant et est rapidement éliminé par l’organisme. Continuer la lecture de C’est quoi la nicotine ?